Lomé et le littoral
Une capitale posée sur l'Atlantique, un lac séparé de l'océan par un cordon de sable, et 56 km de cocoteraie entre Lomé et Aného, ancienne capitale coloniale.
Lomé occupe une position singulière en Afrique de l'Ouest : c'est l'une des rares capitales du continent posée directement sur l'océan Atlantique, à quelques centaines de mètres seulement de la frontière ghanéenne. Notre agence est basée ici, et nous voyons chaque semaine arriver des voyageurs qui découvrent une ville à taille humaine, étirée sur une quinzaine de kilomètres entre le port autonome à l'ouest et le quartier résidentiel de Baguida à l'est. La capitale togolaise compte environ 1,8 million d'habitants et conserve un tissu urbain mixte, où les villas coloniales allemandes du quartier administratif côtoient les maisons basses des quartiers de Bè et de Tokoin.
Le littoral togolais ne s'étend que sur 56 kilomètres, ce qui en fait l'une des façades maritimes les plus courtes d'Afrique. Cette étroitesse a une conséquence directe pour le voyageur : tout se visite en étoile depuis Lomé, sans dormir ailleurs si on le souhaite. Vers l'est, la route nationale 2 longe la cocoteraie sur 45 kilomètres jusqu'à Aného, ancienne capitale coloniale allemande puis française, où subsistent quelques bâtiments du XIXe siècle et un cimetière marin posé entre lagune et océan. Entre les deux villes, le lac Togo s'étire sur une trentaine de kilomètres parallèlement à la mer, séparé de l'Atlantique par un cordon sableux d'à peine 500 mètres de large à certains endroits. Les villages de Togoville et d'Agbodrafo, sur la rive nord du lac, gardent la mémoire de la traite négrière et du protectorat allemand signé en 1884.
La ville elle-même mérite deux journées de visite attentive. Le Grand Marché d'Assigamé, dans le centre, reste l'épine dorsale commerciale de la capitale, animé par les Nana Benz, ces commerçantes qui ont bâti leur fortune sur le négoce du pagne wax dans les années 1970. À quelques kilomètres au nord, le marché d'Akodessewa rassemble des étals de têtes de singes séchées, de peaux de caméléons et de poudres rituelles destinées aux prêtres vodun de toute la sous-région : c'est le plus grand marché féticheur d'Afrique de l'Ouest, et il fonctionne avant tout pour une clientèle locale, pas pour les touristes. Le Musée National, installé dans le palais des congrès, présente une collection d'objets royaux et de masques des différentes aires culturelles du pays, des Éwés du sud aux Tamberma du nord.
Côté table, le littoral est la région où l'on mange le plus de poisson au Togo. Le tilapia braisé du lac Togo, le poisson capitaine grillé sur la plage de Robinson à Baguida, et le foufou d'igname accompagné de sauce d'arachide constituent la base de la cuisine locale. Les bars de plage du quartier de Kpogan servent de la palmistine, vin de palme frais récolté le matin même, et de la sodabi, alcool de palme distillé qui titre entre 40 et 50 degrés selon les producteurs. Les Éwés et les Mina sont les principaux groupes ethniques de la zone côtière, et leurs traditions vodun restent vivantes, notamment lors de la fête Epe Ekpe à Glidji, près d'Aného, chaque mois de septembre, où la pierre sacrée tirée par les prêtres annonce la couleur de l'année à venir.
La baignade demande de la prudence. L'océan atlantique présente ici une barre puissante et des courants de retour qui rendent la nage dangereuse en dehors de quelques plages surveillées, principalement celles des hôtels de Baguida et de Robinson Plage. Le lac Togo, en revanche, permet de se baigner sans risque, et c'est aussi le seul plan d'eau du pays où l'on peut pratiquer la voile et le jet-ski. Les pirogues à balancier des pêcheurs sortent à l'aube depuis les villages d'Avépozo et de Kpogan, et les filets sont tirés sur le sable vers 10h dans une chorégraphie collective où chaque homme du village a sa place.
À découvrir
Marché féticheur d'Akodessewa. Étals de crânes de singes, peaux de pythons et poudres rituelles destinés aux prêtres vodun de la sous-région. Un prêtre officiant sur place explique l'usage des objets pour ceux qui le souhaitent.
Traversée en pirogue vers Togoville. Trente minutes de pagaie sur le lac Togo depuis Agbodrafo pour rejoindre le village où fut signé en 1884 le traité de protectorat allemand. Église catholique de 1910 et autels vodun cohabitent dans les ruelles sablonneuses.
Aného et le cimetière marin. Ancienne capitale coloniale à 45 km à l'est de Lomé. Maisons à étage en ruine, tombes des familles Lawson et Olympio face à l'océan, et marché aux poissons animé le matin sur la lagune.
Grand Marché et atelier des Nana Benz. Trois niveaux de pagnes wax au cœur du quartier d'Assigamé. Possibilité de visiter un atelier de couture et de commander une tenue sur mesure livrée en 48 heures.
Plage de pêcheurs de Kpogan. Sortie matinale à l'arrivée des pirogues vers 6h30, négociation du poisson avec les femmes mareyeuses, puis petit-déjeuner de poisson grillé sous les filaos.
Quand y aller
Le littoral togolais connaît un climat équatorial à deux saisons des pluies, plus marqué qu'à l'intérieur du pays. La grande saison sèche, de mi-novembre à mi-mars, reste la période la plus confortable pour visiter Lomé et la côte : températures stables autour de 27 à 30°C, humidité supportable, ciels souvent voilés par l'harmattan qui descend du Sahel en décembre et janvier. La grande saison des pluies court d'avril à mi-juillet, avec des averses brèves mais intenses, en général en fin d'après-midi, et des cumuls mensuels qui peuvent dépasser 200 mm en juin. Une petite saison des pluies revient en septembre et octobre, plus discrète.
Nous déconseillons la première quinzaine de juin pour les voyageurs sensibles à l'humidité, car les routes secondaires vers Togoville peuvent devenir difficiles. Août est une bonne fenêtre : il pleut peu sur la côte alors qu'il pleut beaucoup à l'intérieur, c'est la petite saison sèche locale, avec des températures de 25 à 28°C et une mer plus calme.
Conseils pratiques
Nous recommandons deux nuits à Lomé en début de circuit pour s'acclimater et visiter la ville, puis une nuit supplémentaire en fin de séjour avant le vol retour. L'aéroport international Gnassingbé Eyadéma se trouve à 8 kilomètres du centre, soit 20 à 30 minutes selon le trafic. Une excursion d'une journée suffit pour le lac Togo et Aného, mais une nuit à Agbodrafo dans un hôtel les pieds dans l'eau permet de profiter du calme et de partir tôt en pirogue vers Togoville.
Le littoral se combine naturellement avec le Plateau de Kloto, à 2h30 de route au nord-ouest, pour un premier circuit court de 6 à 7 jours. Pour les voyageurs disposant de 12 jours ou plus, l'enchaînement Lomé, Kloto, Région Centrale, Kara et Pays Tamberma permet de remonter tout le pays jusqu'aux Savanes. Le confort hôtelier est correct à Lomé, avec plusieurs établissements internationaux sur le front de mer, plus modeste mais authentique à Agbodrafo et Aného. Cette région convient à tous les profils : voyageurs contemplatifs attirés par le lac, amateurs d'histoire coloniale et de cultures vodun, familles qui apprécient les courtes distances entre les sites.







