Pays Tamberma
La vallée UNESCO du Koutammakou, ses tata somba en terre crue et les hameaux Batammariba, à découvrir à pied entre Nadoba et les contreforts de l'Atakora.
Le Pays Tamberma, que les habitants appellent Koutammakou, occupe une vallée d'environ 50 000 hectares au nord-est du Togo, entre la chaîne de l'Atakora et la frontière béninoise. La région est inscrite sur la Liste du patrimoine mondial de l'UNESCO depuis 2004, non pour un monument isolé, mais pour la cohérence d'un paysage culturel vivant : champs de mil et de sorgho, bosquets de baobabs et de karités, et surtout les tata somba, ces maisons-tours en terre crue qui structurent l'habitat des Batammariba.
Une tata est une forteresse miniature de deux niveaux. Le rez-de-chaussée abrite le bétail, la cuisine et l'autel des ancêtres, l'étage sert au couchage et au stockage des greniers coniques coiffés de chaume. Les murs, en banco enduit de décoctions végétales, atteignent six à huit mètres. Chaque maison appartient à une famille élargie et fonctionne comme une unité agricole autonome. On en compte plusieurs centaines, dispersées en hameaux d'une dizaine de tata, entre Nadoba, Warengo, Koutougou et Boukoumbé côté béninois.
Les Batammariba, dont le nom signifie « ceux qui façonnent la terre », pratiquent une religion animiste organisée autour des cycles agricoles et des rites de passage. Le difoni, cérémonie d'initiation des jeunes hommes, se tient tous les deux à trois ans, généralement en saison sèche. Les femmes portent encore couramment des scarifications faciales et des parures de cauris pour les fêtes. La langue ditammari se transmet aux enfants avant le français, et le rapport à l'ancêtre fondateur reste central dans chaque tata.
Le marché de Nadoba, le mercredi, concentre une bonne partie de la vie sociale de la vallée. Producteurs de tchoukoutou (bière de mil), forgerons, vendeuses de soumbala et de néré s'y retrouvent dès le matin. C'est l'occasion la plus simple de rencontrer plusieurs lignages réunis au même endroit, sans mise en scène. Les autres marchés à connaître sont ceux de Kétao, plus grand et plus métissé, et de Kandé, le bourg-carrefour où l'on dort le plus souvent.
La géographie impose son rythme. La RN17 relie Kandé à Nadoba sur une trentaine de kilomètres de piste latéritique, praticable en saison sèche en une heure environ. Au-delà, les hameaux se rejoignent à pied par des sentiers entre les champs, ce qui reste la meilleure façon d'aborder la vallée. Les contreforts de l'Atakora, qui culminent autour de 800 mètres, offrent quelques points de vue sur la mosaïque des tata et des cultures. Côté économie, la région vit essentiellement de l'agriculture vivrière, de l'élevage de pintades et de petits revenus tirés du tourisme communautaire et de l'artisanat textile.
Le Pays Tamberma n'est pas une destination de loisirs au sens classique. C'est une région qui demande un guide local parlant ditammari ou bassar, un peu de marche, et le temps de s'asseoir sous un arbre à palabre. En contrepartie, on accède à un système architectural et social qui n'a pas d'équivalent ailleurs en Afrique de l'Ouest, et qui reste habité par ceux qui l'ont conçu.
À découvrir
Marché de Nadoba le mercredi. Le rendez-vous hebdomadaire des hameaux de la vallée, où se vendent tchoukoutou de mil, soumbala et tissus indigo. Le meilleur moment pour rencontrer plusieurs familles Batammariba sans intermédiaire.
Visite guidée d'une tata habitée. Entrer par la porte basse, monter à l'étage par le tronc d'arbre encoché, comprendre l'agencement des greniers et de l'autel ancestral. Une heure suffit pour saisir la logique de ces maisons-tours en banco.
Marche entre Warengo et Koutougou. Une demi-journée de sentiers entre champs de sorgho et bosquets de karités, qui permet de relier trois ou quatre hameaux et de croiser le travail aux champs en saison sèche.
Contreforts de l'Atakora au coucher. Depuis les hauteurs au-dessus de Nadoba, la vallée se lit comme une carte : tata isolées, greniers coniques, fumées des cuisines. Compter une montée d'une heure environ.
Cérémonie du difoni si calendrier le permet. Rite d'initiation des jeunes hommes Batammariba, organisé tous les deux à trois ans en saison sèche. Nous prévenons à l'avance quand les dates tombent pendant un séjour.
Quand y aller
La saison sèche de novembre à mars est la fenêtre à privilégier. Les pistes latéritiques entre Kandé, Nadoba et les hameaux périphériques sont alors roulables, les sentiers entre tata praticables à pied, et les températures matinales descendent autour de 18 à 22 °C, ce qui rend la marche agréable. En décembre et janvier, l'harmattan voile le ciel d'une brume sèche : les photos perdent en netteté mais les nuits sont fraîches et les journées plafonnent autour de 30 à 33 °C.
Nous déconseillons la période de juin à septembre. Les pluies, qui peuvent dépasser 200 mm par mois en août, transforment les pistes en bourbiers et coupent l'accès à plusieurs hameaux. Avril et mai sont les mois les plus chauds, avec des pointes à 38-40 °C en milieu de journée, peu compatibles avec les marches entre villages. Octobre marque la fin des pluies : les paysages sont verts, les cultures hautes, mais les pistes restent fragiles pendant les premières semaines.
Conseils pratiques
Nous recommandons deux à trois nuits sur place pour visiter sans se presser : une journée pour le marché de Nadoba et un premier ensemble de tata, une journée pour les hameaux plus éloignés et une marche en boucle, éventuellement une demi-journée pour les contreforts de l'Atakora. En deçà, le déplacement depuis Lomé (environ 550 km, deux jours de route avec étapes) n'a pas grand sens. L'hébergement se fait soit en lodge simple à Kandé, soit en case d'hôtes aménagée dans certains hameaux, avec un confort rustique : douche seau, électricité solaire, repas à base de pâte de mil et de sauces locales.
Le Pays Tamberma s'articule logiquement avec la Région de la Kara (Kabyè, forgerons de Bassar, lutte traditionnelle), située une centaine de kilomètres plus au sud, et avec la Région des Savanes au nord pour ceux qui poussent jusqu'à Dapaong et la falaise de Nano. Beaucoup de voyageurs combinent aussi avec la Région Centrale et le plateau de Kloto sur un circuit de douze à quinze jours remontant le pays. La destination convient aux voyageurs contemplatifs, intéressés par l'anthropologie et l'architecture vernaculaire, capables de marcher deux à trois heures par jour sur terrain irrégulier. Elle est possible en famille avec des enfants à partir de huit ou neuf ans, à condition d'accepter le rythme local.




