Région Centrale
Entre Sokodé la musulmane et le parc de Fazao-Malfakassa, la Région Centrale est l'étape charnière du Togo, là où le sud chrétien-animiste rencontre le nord sahélien.
La Région Centrale s'étire entre Blitta au sud et Aléhéridè au nord, traversée par la route nationale 1 qui relie Lomé à Dapaong. Deux villes structurent ce territoire : Atakpamé, étagée sur des collines à 400 mètres d'altitude, et Sokodé, deuxième ville du pays, capitale économique du centre et fief de la communauté Tem. Entre les deux, le relief alterne plateaux granitiques, savanes arborées et massifs boisés, avec quelques inselbergs qui émergent au-dessus des cultures de manioc, d'igname et de coton.
Sokodé concentre l'identité culturelle de la région. La ville est majoritairement musulmane, marquée par la présence des Tem (ou Kotokoli) et rythmée par deux grandes fêtes annuelles. Le Gadao-Adossa, célébré en début d'année, ouvre le cycle agricole et donne lieu aux fameuses danses de feu Adossa-Gadao, où les initiés manipulent des braises sans se brûler. Les marchés de Sokodé, animés trois fois par semaine, restent le meilleur endroit pour observer le tissage traditionnel, la teinture à l'indigo et le commerce des noix de kola avec le Burkina Faso voisin.
Atakpamé, chef-lieu de la région des Plateaux mais porte d'entrée sud du Centre, conserve une trame urbaine héritée de la période coloniale allemande puis française. La ville fut un nœud ferroviaire important et reste un carrefour entre l'est, vers le Bénin via Badou, et l'ouest, vers le Ghana. Les villages alentour, notamment ceux de l'aire Ana-Ifè, pratiquent encore des cultes vodun spécifiques au plateau.
L'attrait naturel majeur de la région est le parc national de Fazao-Malfakassa, 192 000 hectares de savane boisée et de forêts galeries adossés à la chaîne de l'Atakora qui se prolonge depuis le Bénin. La faune a souffert du braconnage dans les années 1990, mais une gestion plus stable a permis le maintien de buffles, cobs de Buffon, hippotragues, babouins et d'une petite population d'éléphants. Les paysages, dominés par les escarpements de Malfakassa et les vallées du Mô, valent autant que la faune elle-même. À l'est, le bassin de l'Anié et le fleuve Mono offrent d'autres horizons, plus agricoles.
Le climat marque une transition entre le sud bi-modal et le nord soudanien : une seule saison des pluies, de mai à octobre, suivie d'une saison sèche franche de novembre à avril, avec l'harmattan qui descend du Sahel en décembre-janvier. Cette bascule climatique se lit dans le paysage, les toits, les cultures et même les plats. À Sokodé, on mange volontiers le wagash (fromage peul grillé), la pâte d'igname et les sauces à base de feuilles de baobab, plus rares au sud.
Pour notre équipe, la Région Centrale est moins une destination en soi qu'un maillon nécessaire entre le sud côtier et le nord des Tamberma. Y passer deux ou trois nuits permet de comprendre comment le Togo articule ses identités, du chrétien-animiste du littoral au musulman du Sahel, en passant par ce centre charnière où les deux mondes se rencontrent.
À découvrir
Parc national de Fazao-Malfakassa. 192 000 hectares de savane boisée entre les escarpements de Malfakassa et la vallée du Mô. Pistes carrossables en saison sèche, observation de buffles, cobs et babouins, et quelques traces d'éléphants dans le secteur de Boulohou.
Danses de feu Adossa-Gadao à Sokodé. Cérémonie annuelle des Tem où les initiés manipulent des braises incandescentes au son des tam-tams. Elle se tient généralement en début d'année selon le calendrier lunaire islamique local.
Marché central de Sokodé. Tissus indigo, noix de kola, calebasses et étoffes des caravanes sahéliennes. Les jours d'affluence (lundi et vendredi), on y croise commerçants haoussa, peuls et burkinabè.
Collines et chutes d'Aléhéridè. Au nord de Sokodé, un ensemble de cascades qui descendent des contreforts de la Kara. Praticable de juillet à novembre, à sec le reste de l'année.
Atakpamé et le plateau Ana-Ifè. Ville étagée sur sept collines, anciens bâtiments coloniaux allemands et villages vodun environnants où l'on tisse encore le kenté à la main.
Quand y aller
La meilleure période s'étale de novembre à février. Les pistes du parc de Fazao-Malfakassa sont praticables, la végétation s'éclaircit et l'observation de la faune devient possible. Les températures restent agréables, entre 22 et 32°C en journée, avec des nuits parfois fraîches à Sokodé (18°C en décembre sous l'harmattan). De mars à avril, la chaleur monte fortement, jusqu'à 38-40°C, et l'air se charge de poussière. Mai marque le retour des pluies.
De mai à octobre, la saison des pluies transforme les paysages : la savane redevient verte, les chutes d'Aléhéridè reprennent du débit, mais certaines pistes du parc deviennent impraticables, notamment en août et septembre où les précipitations atteignent 200 mm par mois. Cette période reste intéressante pour qui s'intéresse aux cultures et aux paysages agricoles, moins pour la faune.
Conseils pratiques
Notre équipe recommande deux à trois nuits minimum pour la Région Centrale : une à Sokodé pour la ville et son marché, une ou deux à proximité du parc de Fazao-Malfakassa selon que vous souhaitez une simple traversée ou un vrai temps d'observation. L'accès se fait exclusivement par la route, depuis Lomé (340 km, 5 à 6 heures jusqu'à Sokodé) ou depuis Kara (90 km au nord). Il n'existe pas d'aéroport opérationnel dans la région.
La Région Centrale se combine logiquement avec la Région de la Kara au nord et le Pays Tamberma pour prolonger jusqu'aux Tata Somba, ou avec le Plateau de Kloto et Lomé et le littoral au sud. Sur un circuit Lomé-Dapaong, c'est l'étape charnière du milieu de parcours. Le confort hôtelier reste simple, hôtels de catégorie standard à Sokodé et Atakpamé, lodge plus rustique en bordure de Fazao. La région conviendra aux voyageurs curieux de cultures vivantes et de paysages de savane, moins aux familles avec jeunes enfants en quête de baignade ou d'activités structurées.





